Société québécoise d'espéranto
Esperanto-Societo Kebekia
    Réponses aux objections fréquentes

[Cette page s'adresse aux personnes ayant des connaissances en linguistique]

L'espéranto ne peut pas être aussi simple que ne l'affirment les espérantistes
Une langue est toujours le fait d'une communauté, elle ne peut pas provenir d'un individu.
La fixité sémantique et l'univocité sont impossibles
Une langue utilisée partout dans le monde se dissout en dialectes
Les espérantophones ne prononcent pas tous de la même façon
Chaque espérantophone corrompt la langue en imitant ses propres réflexes linguistiques
Une langue artificielle crée un sentiment d'étrangeté
L'agglutination de mots proposée par l'espéranto est inefficace.
L'espéranto est dépourvu d'expressions et de locutions idiomatiques
L'espéranto ne permet pas d'utiliser plusieurs niveaux de langage
L'espéranto ne permet pas d'exprimer les mêmes nuances qu'une langue naturelle
L'espéranto est trop occidental pour les Asiatiques, par exemple
La concrétisation du projet espérantiste amènerait l'espéranto à supplanter les langues naturelles

Soyons honnêtes: les faiblesses de l'espéranto

Les mensonges de l'anglais

 


L'espéranto ne peut pas être aussi simple que ne l'affirment les espérantistes. 1retour.jpg (829 octets)

 

L'inventeur de l'espéranto a passé la première partie de sa vie à réfléchir aux moyens d'éliminer toutes les règles des langues naturelles qui ne participent pas directement à l'expression de la pensée. Sa connaissance de plusieurs langues (polonais, russe, allemand, français, hébreu, grec, latin) lui a permis de relativiser nombre de règles auxquelles les locuteurs de langues naturelles accordent tant d'importance sentimentale. Zamenhof a tranché en faveur d'une langue empruntant ses lexèmes aux mots les plus répandus parmi les langues indo-européennes (parlées par 50% des habitants de la planète). Il a choisi d'imposer la fixité morphologique et la libre combinaison des lexèmes et des affixes. Il a réduit le nombre de règles à l'essentiel permettant de déterminer la nature, la fonction et la sémantique des lexèmes. Le produit est une langue au vocabulaire facilement compréhensible pour 50% de l'humanité:

tableaumots.jpg (25772 octets)

De plus, l'apprentissage de l'orthographe est réduit à sa plus simple expression, puisqu'à chaque caractère de l'espéranto ne correspond qu'une prononciation, sauf dans le cas de e et o, dont l'aperture peut être modifiée sans nuire à l'identification des lexèmes. L'écart entre la phonétique et l'écriture est réduit à néant.

L'espéranto est dépourvu de genres et n'a qu'un article défini: la maro, la mer; la libro, le livre; la tabloj, les tables.

La dérivation de sens par déclinaisons et par l'adjonction d'affixes aux lexèmes de base réduit le nombre de lexèmes à assimiler à sa plus simple expression.

Dérivation (de catégorie grammaticale) par déclinaison
 
Racine Nom commun Nom pluriel Adjectif Adjectif pluriel Adverbe Verbe
nokt nokto

nuit

noktoj

nuits

nokta

nocturne

noktaj

nocturnes

nokte

nuitamment

nokti

faire nuit

ghoj ghojo

joie

ghojoj

joies

ghoja

joyeux

ghojaj

joyeux

ghoje

joyeusement

ghoji

se réjouir

fabul fabulo

fable

fabuloj

fables

fabula

fabuleux

fabulaj

fabuleux

fabule

en fabulant

fabuli

fabuler

 

 

Affixes
 
-ach (péjoratif)  domo: maison domacho: cabane, bicoque
-ad (durée de l'action) paroli: parler paroladi: faire un discours: faire un discours
-an (membre)  urbo: ville urbano: un citadin
-ar (ensemble) arbo: arbre arbaro: forêt
-ebl (possible) manghi: manger manghebla: mangeable
bo- (par alliance)  patro: père bopatro: beau-père 
dis- (dispersion) doni: donner disdoni: distribuer
-ec (qualité)  bela: beau beleco: beauté
-eg (augmentatif)  domo: maison domego: palais
-ej (local, lieu, boutique)  pano: pain panejo: boulangerie
-er (élément)  mono: argent monero: pièce de monnaie
-em (enclin) kredi: croire kredema: crédule
-end (à faire) pagi: payer pagenda: à payer
-estr (chef)  urbo: ville  urbestro: maire
-et (diminutif)  domo: maison dometo: maisonnette
ek- (début) ridi: rire ekridi: éclater de rire 
eks- (état passé)  ministro: ministre eksministro: ex-ministre
fi- (basse moralité)  knabo: garçon fiknabo: voyou
-il (outil) tranchi: couper tranchilo: couteau
-in (féminin)  patro: père patrino: mère
-ing (contenant partiel) kandelo: bougie kandelingo: chandelier 
-ism (système)  nacio: nation naciismo: nationalisme
-ind (digne de) fido: confiance fidinda: fiable
-id (descendant)  koko: coq kokido: poussin
-ist (profession)  pano: pain panisto: boulanger 
mal- (contraire) bela: beau malbela: laid
mis- (erreur) kompreni: comprendre miskompreni:  «mésentendre»
ne- (non-) fumanto: fumeur nefumanto: non-fumeur
pra- (dans le passé)  historio: histoire prahistorio: préhistoire
re- (répétition)  fari: faire refari: refaire
-uj (contenant complet) supo: soupe  supujo: soupière
-ul (individu)  juna: jeune junulo: un jeune
-um (action indéfinie) aero: air aerumi: aérer
 

Exemple d'utilisation:

La fiknaboj koleregemas, mensogadas kaj malafablecas: ili ekridachas kiam ili montras sian tranchilingon.

Les voyous ont tendance à piquer de grandes colères, ils mentent sans cesse et font preuve de méchanceté: ils se mettent à ricaner quand ils montrent leur étui à couteau.

 

Les verbes, quant à eux, se déploient autour d'un schème temporel qui rend l'apprentissage très efficace et l'utilisation très performante, au niveau de l'expression des nuances du temps et des modalités.

De plus, toutes les personnes s'accordent avec la même terminaison.

 
 
i, infinitif vidi voir
as, présent mi vidas je vois
is, prétérit mi vidis j'ai vu/je voyais
os, futur mi vidos je verrai
us, conditionnnel mi vidus je verrais
u, impératif-subjonctif mi vidu que je voie
 
ata, participe passif présent mi estas vidata je suis vu
ita, participe passif passé mi estas vidita j'ai été vu
ota, participe passif futur mi estas vidota je vais être vu
 
anta, participe actif présent mi estas vidanta je suis en train de voir
inta, participe actif passé mi estas vidinta j'ai vu
onta, participe actif futur mi estas vidonta je vais voir
 

Ainsi, le seul auxiliaire (esti=être) sert de pivot temporel: il détermine le temps de référence, puis le participe décrit le temps et les modalités selon lesquelles le sujet subira ou effectuera l'action.

 
 
Mi estis vidonta J'allais voir
Vi estis vidinta Tu avais vu
Li estos vidinta Il aura vu
Mi estos vidanta Je serai en train de voir
Vi estos vidata Tu seras en train d'être vu
 

 


Une langue est toujours le fait d'une communauté, elle ne peut pas provenir d'un individu. 1retour.jpg (829 octets)

 

C'est un fait. Zamenhof n'a pas créé l'espéranto: il s'est plutôt contenté d'en jeter les bases. Il a mis au point une série de seize règles de grammaire essentielles et il a proposé une liste de 800 racines. Puis il a laissé sa langue évoluer comme toute langue doit se développer: par l'usage qu'en fait une communauté.

Cette communauté s'est totalement approprié la langue et l'a fait évoluer autour des bases élaborées par Zamenhof. En fait, l'inventeur de la langue s'est éventuellement retrouvé dépossédé de son oeuvre: quelques années après l'apparition de l'espéranto, Zamenhof a proposé, par vote, une série de réformes qui touchaient même l'orthographe et le schéma phonétique de la langue, mais ces réformes ont été rejetées en bloc! Les grammairiens de l'espéranto actuel n'hésitent pas à parler des errements de Zamenhof, presque considéré comme un auteur parmi d'autres. Après tout, Zamenhof était oculiste, pas linguiste!

Alors que le livre à l'origine de l'espéranto lancé par Zamenhof comprenait environ 800 racines, les locuteurs de la langue disposent maintenant d'environ 45000 racines. La grammaire a également évolué et les grammairiens de l'espéranto d'aujourd'hui décrivent une langue dont l'usage a été consolidé par plus de 30000 oeuvres traduites et originales.


La fixité sémantique et l'univocité sont impossibles. 1retour.jpg (829 octets)

 

En effet, la fixité sémantique est impossible, dans les langues naturelles, puisque ces dernières sont influencées par les modes ou par les rapports géopolitiques et économiques de chaque milieu. Dans un tel contexte, les grammairiens et les auteurs de dictionnaires deviennent de simples spectateurs du champ de bataille linguistique et consignent les changements qui se consolident dans l'usage.

Cependant, cette dynamique ne s'applique pas à l'espéranto, langue seconde de locuteurs d'origines différentes. Les espérantophones, puisqu'ils vivent dans des milieux différents, doivent apprendre l'espéranto et son lexique, dont les champs sémantiques ont été déterminés avant eux. Cet apprentissage se fait dans un cadre pédagogique, avec un enseignement magistral ou l'assimilation de matériel pédagogique pour autodidactes, contrairement à ce qui se passe dans le cas des langues maternelles. Ainsi, le champ sémantique de base de chaque mot de l'espéranto déterminé en 1887 est le même qu'à l'époque.

De nouvelles réalités apparaissent continuellement. Souvent, l'espéranto dispose déjà du bagage linguistique suffisant pour qu'une traduction s'impose d'elle-même, comme backup file, qui a donné restaùrkopio (copie pour restauration). Dans d'autres cas, l'usage hésite pendant quelque temps entre différentes traductions possibles (ordinateur = komputero/komputilo) avant que le terme le plus répandu ne soit compilé dans le dictionnaire de référence (PIV) préparé par l'Académie d'espéranto. Dans ce cas, le vocabulaire du matériel pédagogique (dont les dictionnaires bilingues) est aligné sur le dictionnaire de référence et les espérantistes abandonnent les versions non acceptées. Enfin, il arrive que l'espéranto imite les langues naturelles en ajoutant simplement un nouveau sens au champ sémantique d'un mot déjà existant, comme le mot anglais mouse, en informatique, a été incorporé au champ sémantique de souris en français et de muso (souris) en espéranto.

Ainsi, les éléments déjà existants dans les champs sémantiques du lexique de l'espéranto sont préservés depuis le début de la langue, contrairement à ce qui se produit dans les langues naturelles. Les impératifs d'adaptation à la modernité ont cependant amené les espérantophones à ajouter de nouveaux sens à certains lexèmes et à créer de nouveaux lexèmes. L'espéranto suit en cela toutes les langues naturelles, sans contrevenir au principe de la fixité des champs sémantiques de base de ses lexèmes.

Quant à l'univocité, il est vrai qu'elle n'est pas un absolu, en espéranto. Ne serait-ce que pour les raisons décrites plus haut. La langue s'adapte à la modernité en augmentant le champ sémantique de certains de ses lexèmes. Cependant, un seul coup d'oeil à un dictionnaire bilingue espéranto-français-espéranto convainc le plus sceptique: la section espéranto-français n'occupe généralement que le quart d'un tel dictionnaire. Dans la version français-espéranto, chaque rubrique rattachée à un mot français contient souvent de deux à dix mots en espéranto, pour rendre les différents sens possibles du mot français selon les contextes. Dans la version espéranto-français, la presque totalité des rubriques ne contiennent qu'un équivalent français.

 
 
Pont  ponto
- de navire: ferdeko
Ponto  pont
Populaire  popola
- accessible au peuple: populara
Poplo  peuplier
Porter  porti
- vêtement: surhavi
- se porter (santé): farti
Popolo  peuple
Poser  meti
- (mettre en place): loki
- (arts): pozi
- (question): fari
- (problème): starigi
- (principe): establi
- (candidature): kandidatighi
- (regard): fiksi
- (se ~, oiseau): surflugi
- (se ~, avion): surterighi
Populara  populaire
Poste  (féminin) poshto
- (masculin): posteno
- bureau de poste: poshtoficejo
- poste-récepteur: ricevilo
- poste-émetteur: sendilo
Porcio  portion
 

 


Une langue utilisée partout dans le monde se dissout en dialectes. 1retour.jpg (829 octets)

 

L'espéranto est utilisé comme langue internationale. Comme nous l'avons vu dans la rubrique La fixité sémantique et l'univocité sont impossibles, la fixité du champ sémantique de base des lexèmes de l'espéranto est garantie par le souci qu'ont les espérantistes de maintenir la base de la langue intacte.

De toute manière, la vocation internationale de l'espéranto amène naturellement chacun de ses locuteurs à se conformer à la norme officielle, puisqu'ils utilisent la langue pour communiquer avec des personnes qui ne partagent pas la même culture, ni les mêmes modes linguistiques.

Les dialectes régionaux des langues nationales ont d'ailleurs tendance à disparaître au profit de la norme établie, dès qu'il est question de communication de masse. Ce phénomène a été constaté dans plusieurs parties du monde, après l'apparition de la radio et de la télévision. De toute manière, aucune forme dialectale de l'espéranto ne s'est développée depuis l'apparition de la langue, en 1887, contrairement à l'anglais.


Les espérantophones ne prononcent pas tous de la même façon. 1retour.jpg (829 octets)

 

L'espéranto utilise moins de phonèmes que la plupart des langues les plus répandues. Ces phonèmes sont justement ceux qui sont les plus communs parmi les langues du monde. Ainsi, la plupart des locuteurs des grandes langues du monde n'ont pas à assimiler plus d'un ou deux nouveaux sons, au moment d'apprendre l'espéranto.

Comme la grande majorité des phonèmes de l'espéranto sont déjà fortement répandus et appartiennent au fonds de sons communs à toutes les langues du monde, la plupart de ces phonèmes sont prononcés exactement de la même façon, peu importe la langue maternelle du locuteur.

 
 
  Consonnes Semi-consonnes Voyelles+Diphtongues Total Écart à l'espéranto
Espéranto 19 2 11 32  
Français 17 3 16 36 +4
Arabe 25   6 31 -1
Russe 29   15 44 +12
Anglais 25   20 45 +13
Allemand 23   21 44 +12
Pour les fins de ce tableau, nous n'avons même pas tenu compte des caractères appelant la prononciation de deux consonnes déjà calculées, comme le j de l'anglais, qui appelle souvent les consonnes d+j, comme dans jeep.
 

 

Voici d'ailleurs le portrait phonétique de l'espéranto:
Voyelles simples Diphtongues

voyelles.jpg (4345 octets)

diphtongues.jpg (5594 octets)

Consonnes

  bilabiales labio-dentales dentales post-alvéolaires palatales vélaires glottales
voisement - + - + - + - + - + - + - +
                             
occlusives b     t d         k g    
affriquées         c              
fricatives     f v s z       h  
nasales   m       n                
latérales               l            
roulées               r            
semi-voyelles       j    

Les voyelles e et o acceptent deux réalisations, au niveau de l'aperture. En effet, ces voyelles sont généralement prononcées fermées, mais il est possible de les prononcer plus ouvertes, puisque les différentes apertures ne correspondent pas à des distinctions d'unités lexicales, comme le e plus ou moins fermé dans été et était. En espéranto, cette liberté n'a aucune conséquence sur l'intercompréhension.

Les consonnes n'acceptent qu'une seule prononciation, telle que décrite dans le tableau.


Chaque espérantophone corrompt la langue en imitant ses propres réflexes linguistiques. 1retour.jpg (829 octets)

 

Langue à déclinaison, l'espéranto permet en effet à chaque locuteur de se rapprocher le plus possible de la structure linguistique de sa langue maternelle. Cependant, cette liberté est «inscrite dans les gènes» de la langue et ne nuit pas à l'intercompréhension. Un peu comme le latin, dont les locuteurs profitent d'une certaine liberté dans l'ordre des mots.

Ainsi, voici comment des espérantophones pourraient réaliser la même phrase, selon leur langue maternelle:

Je suis heureux que vous soyez venu si rapidement, car j'avais besoin d'une aide immédiate.

Français Mi estas felicha, ke vi estas veninta tiel rapide, char mi bezonis helpon tujan.
Anglais Mi estas felicha, ke vi venis tiel rapide, char mi bezonis tujan helpon.
Allemand Felichigas min, ke vi tiel rapide estas veninta, char mi tujan helpon bezonis.

Toutes ces réalisations sont correctes et ne compromettent pas l'intercompréhension, puisque chaque unité de sens porte en elle-même sa propre nature et la fonction qu'elle occupe dans la phrase. De plus, l'espéranto s'adapte aux habitudes des locuteurs, puisque les mêmes idées ne s'expriment pas à l'aide des mêmes fonctions grammaticales, selon la langue. Comme ici, Mi estas felicha fait directement écho à Je suis heureux ou I am glad. Mais en allemand, la même idée s'exprime sous la forme Es freut mich (cela réjouit moi). L'espéranto permet au germanophone d'exprimer la même idée dans l'ordre que lui impose sa pensée: Felichigas min = (cela) réjouit moi.

Autre exemple:

Français Je vous remercie Mi vin dankas
Anglais I thank you (Je-remercie-vous) Mi dankas vin
Allemand Ich danke Ihnen (Je-remercie-vous) Mi dankas vin

Les trois formes sont également correctes, en espéranto, et elles ne portent pas à confusion, puisque le sujet, le verbe et le complément d'object direct (ou indirect, en allemand) sont bien identifiés.

Ces caractéristiques ne constituent pas une difficulté, mais un enrichissement des possibilités combinatoires de la langue.


Une langue artificielle crée un sentiment d'étrangeté. 1retour.jpg (829 octets)

 

Ceux qui utilisent cet argument se trompent quant aux buts des espérantistes et croient à tort que les espérantistes veulent remplacer toutes les langues nationales par l'espéranto. Cet argument est subjectif, émotif. Ceux qui l'utilisent sont ceux qui ne voudraient pas que le français (par exemple) disparaisse au profit de l'espéranto.

Chaque fois que quelqu'un apprend une langue étrangère, il est effectivement confronté à un sentiment d'étrangeté. L'espéranto n'est pas plus étrange à un francophone que ne le sont le russe ou le japonais, ou même l'anglais! Une langue est un ensemble de phonèmes formant des unités de sens qui, organisées selon une structure grammaticale préétablie et renforcée par l'usage qu'en fait une communauté culturelle, permettent au locuteur de formuler sa pensée de façon à être compris des autres locuteurs de cette langue. Cela, peu importe que la langue soit naturelle ou artificielle.

Comme le but de l'espéranto est d'être utilisé comme langue seconde commune à travers le monde, il va sans dire qu'il ne vise pas à éliminer le français ou toute autre langue naturelle. L'espérantisme a pour but de protéger les langues et les cultures minoritaires, présentement menacées par leur assimilation à des langues et des cultures majoritaires.


L'agglutination de mots proposée par l'espéranto est inefficace. 1retour.jpg (829 octets)

 

Si l'agglutination de mots n'était pas un processus efficace, les langues naturelles ne l'utiliseraient pas.

Anglais
Shoestring soulier+cordon lacet
Doorknob porte+manivelle ronde poignée
 
Allemand
Schifffahrt bateau+trajet croisière
Hauptstadt principal+ville capitale
 
Japonais
Eiga image+lumière cinéma
Furansujin France+humain Français

 

D'ailleurs, le français utilise lui-même ce procédé, de deux manières.

Par juxtaposition
Timbre+poste timbre-poste
garder+manger garde-manger

 

Par emprunts au grec et au latin (et parfois même un mélange des deux!)
[poli+glossa] plusieurs+langue polyglotte
[paidi+yiatros] enfant+médecin pédiatre
[filos+sofia] ami+sagesse philosophe
+sexvalis [omos+sexualis] pareil+sexuel homosexuel
+visio [têlè+visio] au loin+voir télévision
curricvlvm+vitæ course+vie curriculum vitæ
præ+esse en avant+être présent
præ+sedere en avant+s'asseoir président

 


L'espéranto est dépourvu d'expressions et de locutions idiomatiques. 1retour.jpg (829 octets)

 

Dès les débuts de l'histoire de l'espéranto, le besoin de fixer les locutions et les proverbes s'est fait sentir. C'est pourquoi le Proverbaro a été publié dès 1910, soit 23 ans après l'apparition de la langue. Il contient la version espéranto de la plupart des proverbes et locutions idiomatiques du monde, dont on a retenu les plus répandues au-delà des barrières linguistiques et les plus claires, dans leurs allusions. Quiconque apprend une nouvelle langue doit aussi apprivoiser ces expressions. L'espéranto n'est pas une exception, mais le choix de ses «idiotismes» a été dicté par un soucis d'internationalité. Donc, pas de références ethniques ou d'archaïsmes.

 
 
Espéranto Traduction mot-à-mot Équivalent français
Kiu ne riskas, tiu ne gajnas Qui ne risque pas, celui-là ne gagne pas Celui qui ne risque rien n'a rien
Kiu semas venton, rikoltos fulmotondron Qui sème du vent récoltera une tempête Qui sème le vent récolte la tempête
«Se» la chielo falus al tero, birdokaptado estus facila afero «Si» le ciel tombait sur la terre, la capture d'oiseaux serait une affaire facile Avec des «si», on pourrait mettre Paris en bouteille
Malsata stomako orelon ne havas Estomac affamé n'a pas d'oreille Ventre affamé n'a point d'oreilles
Kun kiu vi kunighas, tia vi farighas Avec qui vous vous rassemblez, ainsi vous devenez Qui se ressemble s'assemble
Shlosilo uzata ruston ne konas Clé utilisée ne connaît pas la rouille Pierre qui roule n'amasse pas mousse
Nebuligi la okulojn Ennuager les yeux Jeter de la poudre aux yeux
Timi sian propran ombron Avoir peur de sa propre ombre Avoir peur de son ombre
Droni en detaloj Se noyer dans les détails Se noyer dans les  détails
Chu ne? Est-ce que non? N'est-ce pas?
 

Ce soucis d'utilisation ludique de la langue, naturelle chez tous les locuteurs, s'exprime aussi dans les jeux de mots: fekanto peut être compris comme fe-kanto (chant de fée) ou fek-anto (chiant), la belladone peut donner un poison (beladono) ou un beau cadeau (bela dono), insekto peut être un insecte (insekto) ou une secte féministe (in-sekto), etc.

Au fil des années, la langue a aussi développé nombre d'espérantismes, lexèmes et locutions idiomatiques.


L'espéranto ne permet pas l'utilisation de plusieurs niveaux de langage. 1retour.jpg (829 octets)

Une langue fonctionnelle doit offrir la possibilité d'utiliser au moins trois niveaux de langage, non seulement pour satisfaire les instincts linguistiques des locuteurs, mais également pour permettre de rendre dans le bon ton tout texte dans une autre langue. Dès les débuts de l'espéranto, trois niveaux de langage se sont dessinés.

Le niveau correct est caractérisé par l'emploi correct de la grammaire et du vocabulaire consigné dans les dictionnaires sans mention à l'effet qu'il s'agisse de mots réservés à la littérature ou au domaine du vulgaire.

Le niveau littéraire est toujours caractérisé par l'emploi correct de la grammaire, mais les mots y jouissent d'une plus grande liberté de mouvement dans la phrase. De plus, certains lexèmes généralement utilisés comme affixes ou comme unités strictement grammaticales (conjonctions, prépositions) sont utilisés dans des fonctions qui leur sont étrangères dans le langage correct, normal. De plus, il est apparu évident aux premiers traducteurs que l'absence de synonymes (parfaits) constituait un obstacle, dans la traduction de bien des oeuvres. C'est pourquoi 300 doublets ont été créés. Pour dire triste, en espéranto littéraire soutenu (prose, poèmes), le mot classé poétique trista correspond parfaitement au mot courant malghoja (contraire-de-joyeux). L'usage de ces vocables littéraires est condamné, dans la langue et la littérature courantes et de fait, ces mots ne sont jamais utilisés à l'extérieur des oeuvres littéraires.

correct La maldika, malricha ulo malfermis la pordon. L'homme, maigre et pauvre, ouvrit la porte.
littéraire La magra, pobra ulo ovris la pordon. L'homme, maigre et pauvre, ouvrit la porte.

L'espéranto ne permet pas d'exprimer les mêmes nuances qu'une langue naturelle. 1retour.jpg (829 octets)

 

L'espéranto a été conçu pour permettre l'expression des moindres nuances de la pensée à même un mode de fonctionnement simple.

[Si le schématisme poussé de l'espéranto] paraît quelquefois lourd, il obtient souvent une concision et une densité que bien des langues sont obligées de diluer dans des périphrases. À côté de samlandano calqué sur compatriote, l'espéranto a un samideano (partisan du même idéal), un samklasano (membre de la même classe), etc. Il peut exprimer par un vocable compact l'idée de faire entrer un mot dans le dictionnaire (envortarigi) ou de l'en faire sortir (elvortarigi), celle de se mettre au lit (enlitighi) et celle de mettre sur la table (surtabligi). Si le français a formé les mots s'embarquer et débarquer, il n'a rien pour monter dans un wagon ou en sortir (envagonighi/elvagonighi); il dit passer la nuit (tranokti) et passer un examen (ekzamenighi); prendre un poste (enpostenighi), etc. (...)

Les possibilités combinatoires de l'espéranto] atteignent aussi une précision très fine dans l'expression des idées et des sentiments. Kulturo, la culture en général, se distingue de kulturiteco, qualité de la personne cultivée; vivo, la vie, déborde largement vivanteco, le caractère vivant; imitebla qualifie ce qu'il est possible d'imiter, imitinda ce qui est digne d'être imité. La faculté de préfixer les prépositions donne aux verbes une souplesse comparable à celle du parler anglo-saxon. Lâcher peut se traduire par ellasi s'il s'agit de laisser échapper, forlasi s'il s'agit de quitter brusquement, delasi s'il s'agit de laisser tomber. Les deux sens contraires de tirer les rideaux se différencient par distiri (ouvrir, tirer-en-éloignant) et kuntiri (fermer, tirer-en-joignant), et on précise la nuance de prendre selon qu'on veut simplement saisir (preni), prendre une désinence (alpreni), des voyageurs (enpreni), le temps de quelqu'un (forpreni), un parapluie (kunpreni), etc. Cette construction permet de décrire en un seul verbe le mouvement et la manière: enkuri=entrer en courant; forflugi=s'échapper en s'envolant; subrampi=ramper tout en se tapissant.

De même, la faculté d'employer un lexème selon la modalité nominale ou verbale permet de concentrer l'expression sur l'image contenue dans la racine. Si le français traduit adéquatement furiozi par rager ou tempêter, il n'a pas d'équivalent pour avari (être avare), fervori (brûler d'ardeur), pravi (avoir raison), malchasti (vivre dans la débauche). L'espéranto excelle donc dans la métaphore radicale. Lumorapide traarkas ni la vakuon est incomparablement plus rapide et intense que sa traduction littérale: Rapides comme la lumière nous traversons le vide ainsi qu'un arc électrique.]

[Tiré de L'espéranto de Pierre Janton, aux Presses universitaires de France, collection Que sais-je? no 1511.]


L'espéranto est trop occidental pour les Asiatiques, par exemple. 1retour.jpg (829 octets)

 

Les langues de l'Asie ou de l'Afrique, par exemple, sont pour la plupart tout à fait différentes les unes des autres, de par leur lexique et leur grammaire. La connaissance du mandarin n'aide pas vraiment à apprendre le japonais ou le coréen, par exemple, puisque ces langues n'ont pas vraiment de liens entre elles. Même chose, dans le cas de la plupart des langues africaines. Alors, l'argument selon lequel une langue à vocation internationale devrait intégrer des éléments asiatiques ou africains ne tient pas la route.

En espéranto, le mot frukto rappelle fructifier au Français, fruto à l'Espagnol (langues latines), fructify à l'Anglais, Frucht à l'Allemand (langues germaniques) et frukt au Russe et au Suédois (langues slaves), ce qui permet déjà de rejoindre environ la moitié de l'humanité. L'adoption de mots japonais, coréens, swahilis ou zoulous ne serait profitable que pour une mince tranche de l'humanité.

Le calcul est simple. L'espéranto, en puisant dans le fonds commun des langues indo-européennes, rend la reconnaissance des lexèmes plus facile pour la moitié de l'humanité (48%). L'adoption d'un mot de mandarin, la première langue non indo-européenne en termes de locuteurs (800 millions), ne profiterait qu'à 13% des habitants de la planète, sans être de la moindre utilité à leurs voisins asiatiques, dont les 200 millions de Chinois qui parlent des langues différentes du mandarin!

Ainsi, le Coréen qui se met à l'apprentissage d'une autre langue que la sienne repart pratiquement à zéro, qu'il se mette au japonais, à l'hindi, à l'espéranto ou à l'anglais. La pensée de l'anglais et tout le fonds culturel que sous-tend cette langue sont complètement étrangers aux Asiatiques, tandis que l'espéranto, avec la fixité morphologique de ses lexèmes et la souplesse combinatoire de ses affixes, leur offre la possibilité d'apprendre une langue sans avoir à vivre une immersion complète, comme c'est le cas, avec l'anglais, pour lequel il vaut mieux s'immerger temporairement dans un milieu anglophone pour s'acculturer à la langue.

L'aisance des Asiatiques face à l'espéranto a pu être constatée depuis les débuts du mouvement espérantiste, puisque les associations asiatiques comptent parmi les plus anciennes. La Chine, où les associations d'espéranto profitent du support de l'État, figure parmi les locomotives de l'espéranto, aujourd'hui. La Chine et le Japon sont aussi parmi pays où le Pasporta Servo compte le plus d'inscrits. Aussi, les Asiatiques ont depuis longtemps l'habitude de rafler les prix des concours internationaux de poésie en espéranto...

 


La concrétisation du projet espérantiste amènerait l'espéranto à supplanter les langues naturelles. 1retour.jpg (829 octets)

 

Il serait étonnant que l'espéranto remplace des langues nationales, puisque son utilisation comme langue auxiliaire internationale est intimement inscrite dans ses gènes.

D'abord, les espérantistes ont pour objectif de protéger les cultures minoritaires de l'assimilation.

Ensuite, l'espéranto est trop allergique aux glissements sémantiques et aux altérations phonétiques pour satisfaire le besoin de remodelage linguistique des jeunes générations, qui sont les principaux agents du «renouvellement» des langues naturelles. Concrètement, le Fundamento de Esperanto et le Plena ilustrita vortaro doivent être regardés du même point de vue que celui des francophones hors de la région parisienne, qui se fient généralement à la grammaire de Grevisse et au Robert pour ajuster leur langue aux dictats du «français standard». Un espéranto remodelé aux niveaux de sa phonétique ou des champs sémantiques fondamentaux de son lexique ne serait plus de l'espéranto.

Le but ultime des espérantistes est l'instauration d'un nouvel ordre linguistique mondial basé sur l'enseignement généralisé de l'espéranto à tous les peuples de la planète et la régularisation de cette langue selon les mêmes principes qui gouvernent le Bureau International des Poids et Mesures ou l'Académie d'espéranto actuelle. Il n'est pas question, ici, d'uniformiser les cultures, mais plutôt de donner à chaque individu de chaque peuple les moyens d'accéder à la culture de tous les peuples et de faire entendre sa voix à travers un outil efficace et neutre.

En passant, quelques citations amusantes sur les «utopies» du siècle...


Soyons honnêtes: les faiblesses de l'espéranto

Maintenant que vous connaissez les réponses des espérantistes aux préjugés les plus éhontés et irrationnels, les espérantistes n'ont pas honte de vous présenter les faiblesses de leur projet. Vous conviendrez cependant, à la lecture de ces faiblesses, qu'elles sont bien minimes, en comparaison avec les désavantages de l'anglais, du français, du mandarin ou de l'espagnol...


Bibliographie:

L'espéranto, Pierre JANTON, Collection Que sais-je? n°1511, Presses universitaires de France, Paris, 1973.

Les languages de l'humanité, Michel MALHERBE, Collection Bouquins, Éd. Robert Laffont, S.A., Paris, 1995.

L'espéranto sans peine, J. THIERRY, Éd. Assimil, Chennevières, 1973.

Catalogue des idées reçues sur la langue, Marina YAGUELLO, Collection Point Virgule, Éd. du Seuil, 1998